
L’argument pour la privatisation de Postes Canada (PDF)
Les négociations entre la direction et le Syndicat des travailleurs et
travailleuses des postes entamées le 2 juin 2011 ayant abouti à une première
impasse, plusieurs villes canadiennes ont fait l’objet de grèves tournantes des
facteurs de Postes Canada. Les négociations ont finalement échoué, ce qui a
entraîné un lockout à l’échelle du pays du 14 au 27 juin. Le lockout n’a pris
fin qu’après l’adoption par le gouvernement fédéral d’une loi forçant les
travailleurs des postes à retourner au travail.1
Naturellement, les Canadiens qui sont très dépendants des services de
livraison postale de cette société d’État – organismes de bienfaisance, petites
entreprises, particuliers qui reçoivent leurs factures par la poste, et autres –
ont souffert de cette perturbation. Ce genre de crise n’est pas nécessaire. Pour
protéger les consommateurs à l’avenir, la solution consiste à privatiser Postes
Canada.
Postes Canada a le droit exclusif de livrer le courrier par la poste
ordinaire ce qui signifie que ses services sont, de par la loi, à l’abri de
toute concurrence. Autrement dit, Postes Canada a le monopole de certains
services postaux. Des entreprises privées comme FedEx et UPS n’ont le droit de
livrer que des biens, des journaux, des livres, des magazines et des « lettres
urgentes » (moyennant des frais en conséquence).2
Il n’est pas nécessaire qu’une société d’État protégée des pressions
concurrentielles ait le monopole de la prestation de services postaux. Les
Canadiens profiteraient énormément de la privatisation de Postes Canada et de
l’ouverture de tous les services postaux à la concurrence.
Des données concrètes indiquent que les entreprises privées sont généralement
plus efficaces que leurs équivalents du secteur public.3 De plus, les études qui
se sont penchées sur le cas particulier de Postes Canada tendent à indiquer que
la privatisation mènerait à une nette amélioration des services et profiterait
aux consommateurs. Par exemple, l’auteur d’une analyse approfondie des services
postaux au Canada, intitulée The Mail Monopoly, a conclu que Postes
Canada n’a pas fourni aux Canadiens des services rapides et fiables. Pour
illustrer ce qu’il qualifie de mauvais service, Douglas Adie, professeur à
l’Université de l’Ohio, signale que le délai de livraison d’une lettre était à
peu près le même en 1990 qu’il y a 200 ans (Adie, 1990).
M. Adie cite l’expérience de la privatisation des services postaux en
Nouvelle-Zélande comme une raison pour le Canada de faire de même. À la suite de
la privatisation, le New Zealand Post Office, qui était déficitaire, a commencé
à générer des bénéfices en réduisant son effectif de 20 % et ses coûts de 30 %.
La compagnie a aussi accéléré la livraison de courrier et augmenté la livraison
« dans les délais » de 15 %. M. Adie conclut que les services postaux ne
s’amélioreront probablement pas au Canada avant que Postes Canada ne soit
privatisée et mise en situation de concurrence (Adie, 1990).
En outre, dans une étude publiée en 2007, Edward Iacobucci et d’autres
professeurs de l’Université de Toronto ont conclu que la privatisation de Postes
Canada entraînerait des gains d’efficience et une amélioration de la qualité du
service (Iacobucci et autres, 2007). L’étude a permis de constater qu’il est
difficile pour Postes Canada d’améliorer son efficience et sa productivité en
raison de problèmes liés aux relations de travail, particulièrement la présence
du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes. Par exemple, en 2005,
Postes Canada a perdu 16 jours par employé à temps plein à cause de
l’absentéisme des employés chargés de la livraison et du traitement du courrier.
Ce chiffre est de 60 % plus élevé que la moyenne canadienne pour les employés du
secteur manufacturier et de 20 % plus élevé que pour l’ensemble des employés
syndiqués (Iacobucci et autres, 2007).
L’étude, qui a examiné les effets de la dérèglementation sur la performance
des services postaux en Suède, en Finlande, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas,
en Australie, en Allemagne et au Royaume-Uni, a conclu que les compagnies
postales ont amélioré la qualité du service, adapté les produits et les services
à la demande, introduit plusieurs innovations, réduit leurs effectifs et
amélioré la productivité de la main-d’oeuvre.
La privatisation de Postes Canada pourrait aussi entraîner une baisse des
prix des timbres. Dans une étude récente, l’Institut économique de Montréal
résumait l’expérience européenne de la privatisation des services postaux et de
la concurrence dans ce secteur. La conclusion de l’étude était que l’Autriche,
les Pays-Bas et l’Allemagne ont connu une réduction de 11 % à 17 % des prix des
timbres-poste à la suite de la privatisation (Geloso et Chassin, 2011).
La baisse des prix et les autres avantages de la privatisation tiennent aux
différences de comportement entre les entreprises du secteur privé et les
sociétés d’État, et aux incitations des deux types de sociétés. Les sociétés
d’État bénéficient généralement d’une situation de monopole public et sont ainsi
protégées de la discipline qu’impose la concurrence. Cela signifie qu’elles ne
doivent pas constamment mettre à jour leurs technologies et les processus de
production ou offrir des produits et des services novateurs à leurs clients.
L’absence de concurrence se traduit également par une moindre pression pour
éviter ou réduire au minimum les arrêts de travail; dans le secteur privé, la
baisse des bénéfices et de la part de marché menacerait la viabilité de
l’entreprise.
En outre, l’intensité de capital des sociétés d’État est plus faible et leur
intensité de main-d’oeuvre, plus forte que dans le secteur privé (Megginson et
Netter, 2001). Par conséquent, elles sont en général moins productives.
Une autre différence essentielle est que les sociétés d’État sont fortement
influencées par les gouvernements, dont le souci est d’atteindre des objectifs
politiques plutôt qu’économiques ou commerciaux. Au lieu d’affecter le capital
aux activités dont le rendement économique est le meilleur, les gouvernements
l’affectent en général à celles qui maximisent leurs chances de réélection. Cela
se traduit par une mauvaise répartition des ressources.
Enfin, les sociétés d’État font rarement faillite, puisqu’elles sont
généralement renflouées par les gouvernements. Si des entreprises privées
subissent des pertes soutenues, la diminution des capitaux propres les mènera à
la faillite. Pour éviter une telle situation, les entreprises du secteur privé
doivent offrir à leurs clients des biens et des services de la qualité voulue,
en temps utile, efficacement et à des prix abordables. Les sociétés d’État ne
font tout simplement pas face aux mêmes pressions.
Les Canadiens profiteraient beaucoup de la privatisation des services
postaux, comme le fait ressortir la récente interruption de service postal. Il
est temps de privatiser Postes Canada.
Notes
1Les dates citées dans ce paragraphe proviennent du site Web de Postes Canada
(www.canadapost.ca/cpo/ mc/aboutus/news/pr/2011/index.jsf?LOCALE=fr).
2Pour en savoir plus sur les privilèges exclusifs de Postes Canada, consulter
la Loi sur la Société canadienne des postes à
http://laws-lois.justice.gc.ca/
fra/lois/C-10/page-4.html.
3Voir Lammam et Veldhuis (2009) pour une revue des recherches universitaires sur
les avantages de la privatisation.
Références
Adie, Douglas K. (1990). The Mail Monopoly–Analysing
Canadian Postal Service, Institut Fraser.
Geloso, Vincent, et Youri Chassin (2011). « Postes
Canada: une ouverture à la concurrence est de mise », note économique (mai),
Institut économique de Montréal.
Iacobucci, Edward M., Michael J. Trebilock, et Tracey D.
Epps (2007). Rerouting the Mail: Why Canada Post is Due for Reform,
Institut C.D. Howe.
Lammam, Charles, et Niels Veldhuis (2009). « It’s Time To
Privatize Canada’s Crown Corporations », Fraser Forum, mai, p. 31-34.
Megginson, William L., et Jeffry M. Netter (2001. « From
State to Market: A Survey of Empirical Studies on Privatization », Journal
of Economic Literature, vol. 39, no 2, p. 321-389.