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Les Canadiens ont beaucoup à gagner de la privatisation des services postaux

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Date de sortie: November 8, 2011

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L’argument pour la privatisation de Postes Canada (PDF)

La responsabilité nucleaire au Canada Les négociations entre la direction et le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes entamées le 2 juin 2011 ayant abouti à une première impasse, plusieurs villes canadiennes ont fait l’objet de grèves tournantes des facteurs de Postes Canada. Les négociations ont finalement échoué, ce qui a entraîné un lockout à l’échelle du pays du 14 au 27 juin. Le lockout n’a pris fin qu’après l’adoption par le gouvernement fédéral d’une loi forçant les travailleurs des postes à retourner au travail.1

Naturellement, les Canadiens qui sont très dépendants des services de livraison postale de cette société d’État – organismes de bienfaisance, petites entreprises, particuliers qui reçoivent leurs factures par la poste, et autres – ont souffert de cette perturbation. Ce genre de crise n’est pas nécessaire. Pour protéger les consommateurs à l’avenir, la solution consiste à privatiser Postes Canada.

Postes Canada a le droit exclusif de livrer le courrier par la poste ordinaire ce qui signifie que ses services sont, de par la loi, à l’abri de toute concurrence. Autrement dit, Postes Canada a le monopole de certains services postaux. Des entreprises privées comme FedEx et UPS n’ont le droit de livrer que des biens, des journaux, des livres, des magazines et des « lettres urgentes » (moyennant des frais en conséquence).2

Il n’est pas nécessaire qu’une société d’État protégée des pressions concurrentielles ait le monopole de la prestation de services postaux. Les Canadiens profiteraient énormément de la privatisation de Postes Canada et de l’ouverture de tous les services postaux à la concurrence.

Des données concrètes indiquent que les entreprises privées sont généralement plus efficaces que leurs équivalents du secteur public.3 De plus, les études qui se sont penchées sur le cas particulier de Postes Canada tendent à indiquer que la privatisation mènerait à une nette amélioration des services et profiterait aux consommateurs. Par exemple, l’auteur d’une analyse approfondie des services postaux au Canada, intitulée The Mail Monopoly, a conclu que Postes Canada n’a pas fourni aux Canadiens des services rapides et fiables. Pour illustrer ce qu’il qualifie de mauvais service, Douglas Adie, professeur à l’Université de l’Ohio, signale que le délai de livraison d’une lettre était à peu près le même en 1990 qu’il y a 200 ans (Adie, 1990).

M. Adie cite l’expérience de la privatisation des services postaux en Nouvelle-Zélande comme une raison pour le Canada de faire de même. À la suite de la privatisation, le New Zealand Post Office, qui était déficitaire, a commencé à générer des bénéfices en réduisant son effectif de 20 % et ses coûts de 30 %. La compagnie a aussi accéléré la livraison de courrier et augmenté la livraison « dans les délais » de 15 %. M. Adie conclut que les services postaux ne s’amélioreront probablement pas au Canada avant que Postes Canada ne soit privatisée et mise en situation de concurrence (Adie, 1990).

En outre, dans une étude publiée en 2007, Edward Iacobucci et d’autres professeurs de l’Université de Toronto ont conclu que la privatisation de Postes Canada entraînerait des gains d’efficience et une amélioration de la qualité du service (Iacobucci et autres, 2007). L’étude a permis de constater qu’il est difficile pour Postes Canada d’améliorer son efficience et sa productivité en raison de problèmes liés aux relations de travail, particulièrement la présence du Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes. Par exemple, en 2005, Postes Canada a perdu 16 jours par employé à temps plein à cause de l’absentéisme des employés chargés de la livraison et du traitement du courrier. Ce chiffre est de 60 % plus élevé que la moyenne canadienne pour les employés du secteur manufacturier et de 20 % plus élevé que pour l’ensemble des employés syndiqués (Iacobucci et autres, 2007).

L’étude, qui a examiné les effets de la dérèglementation sur la performance des services postaux en Suède, en Finlande, en Nouvelle-Zélande, aux Pays-Bas, en Australie, en Allemagne et au Royaume-Uni, a conclu que les compagnies postales ont amélioré la qualité du service, adapté les produits et les services à la demande, introduit plusieurs innovations, réduit leurs effectifs et amélioré la productivité de la main-d’oeuvre.

La privatisation de Postes Canada pourrait aussi entraîner une baisse des prix des timbres. Dans une étude récente, l’Institut économique de Montréal résumait l’expérience européenne de la privatisation des services postaux et de la concurrence dans ce secteur. La conclusion de l’étude était que l’Autriche, les Pays-Bas et l’Allemagne ont connu une réduction de 11 % à 17 % des prix des timbres-poste à la suite de la privatisation (Geloso et Chassin, 2011).

La baisse des prix et les autres avantages de la privatisation tiennent aux différences de comportement entre les entreprises du secteur privé et les sociétés d’État, et aux incitations des deux types de sociétés. Les sociétés d’État bénéficient généralement d’une situation de monopole public et sont ainsi protégées de la discipline qu’impose la concurrence. Cela signifie qu’elles ne doivent pas constamment mettre à jour leurs technologies et les processus de production ou offrir des produits et des services novateurs à leurs clients. L’absence de concurrence se traduit également par une moindre pression pour éviter ou réduire au minimum les arrêts de travail; dans le secteur privé, la baisse des bénéfices et de la part de marché menacerait la viabilité de l’entreprise.

En outre, l’intensité de capital des sociétés d’État est plus faible et leur intensité de main-d’oeuvre, plus forte que dans le secteur privé (Megginson et Netter, 2001). Par conséquent, elles sont en général moins productives.

Une autre différence essentielle est que les sociétés d’État sont fortement influencées par les gouvernements, dont le souci est d’atteindre des objectifs politiques plutôt qu’économiques ou commerciaux. Au lieu d’affecter le capital aux activités dont le rendement économique est le meilleur, les gouvernements l’affectent en général à celles qui maximisent leurs chances de réélection. Cela se traduit par une mauvaise répartition des ressources.

Enfin, les sociétés d’État font rarement faillite, puisqu’elles sont généralement renflouées par les gouvernements. Si des entreprises privées subissent des pertes soutenues, la diminution des capitaux propres les mènera à la faillite. Pour éviter une telle situation, les entreprises du secteur privé doivent offrir à leurs clients des biens et des services de la qualité voulue, en temps utile, efficacement et à des prix abordables. Les sociétés d’État ne font tout simplement pas face aux mêmes pressions.

Les Canadiens profiteraient beaucoup de la privatisation des services postaux, comme le fait ressortir la récente interruption de service postal. Il est temps de privatiser Postes Canada.

Notes

1Les dates citées dans ce paragraphe proviennent du site Web de Postes Canada (www.canadapost.ca/cpo/ mc/aboutus/news/pr/2011/index.jsf?LOCALE=fr).
2Pour en savoir plus sur les privilèges exclusifs de Postes Canada, consulter la Loi sur la Société canadienne des postes à http://laws-lois.justice.gc.ca/ fra/lois/C-10/page-4.html.
3Voir Lammam et Veldhuis (2009) pour une revue des recherches universitaires sur les avantages de la privatisation.

Références

Adie, Douglas K. (1990). The Mail Monopoly–Analysing Canadian Postal Service, Institut Fraser.

Geloso, Vincent, et Youri Chassin (2011). « Postes Canada: une ouverture à la concurrence est de mise », note économique (mai), Institut économique de Montréal.

Iacobucci, Edward M., Michael J. Trebilock, et Tracey D. Epps (2007). Rerouting the Mail: Why Canada Post is Due for Reform, Institut C.D. Howe.

Lammam, Charles, et Niels Veldhuis (2009). « It’s Time To Privatize Canada’s Crown Corporations », Fraser Forum, mai, p. 31-34.

Megginson, William L., et Jeffry M. Netter (2001. « From State to Market: A Survey of Empirical Studies on Privatization », Journal of Economic Literature, vol. 39, no 2, p. 321-389.



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