
Une manifestation anti-Wall Street… opportuniste (PDF)
Lorsque l’on observe le mouvement Occupy Wall Street (OWS) et les
manifestations qui lui ont emboîté le pas dans de nombreuses villes
nord-américaines, on aurait tort de prendre les manifestants pour des personnes
simplement mal informées. Ils le sont certes parfois, mais il serait absurde
d’établir un parallèle flatteur entre OWS et le printemps arabe, où les citoyens
se sont opposés à des dictateurs sanguinaires. Malgré tout, certains
manifestants sont tout de même bien intentionnés.
Les manifestants d’OWS contestent une multitude de choses, comme le fait que
les profits sont privés alors que les pertes financières sont socialisées, la
pollution, la stagnation des salaires et les saisies immobilières entre autres
choses.
Il est vrai que certaines doléances, comme celles visant les saisies
immobilières, concernent plus les Américains que les Canadiens.
De plus, certaines demandes des manifestants peuvent être contradictoires.
Ainsi, il ne faudrait pas toujours opposer la création d’emplois et la
protection de l’environnement : les entrepreneurs qui inventent des technologies
propres sont un bon exemple de coïncidence entre les intérêts du monde des
affaires et celui des écologistes.
Toutefois, dans le cas bien précis et plus récent de la construction d’un
oléoduc du Canada vers les États-Unis, une perturbation de l’utilisation des
terres est inévitable. Compte tenu du nombre de chômeurs américains qui seraient
engagés dans le cadre du projet, les manifestants qui veulent plus d’emplois
mais s’opposent à une telle perturbation dans les Prairies manquent de réalisme.
Je comprends les préoccupations des manifestants, mais ceux qui veulent
sincèrement créer un monde meilleur doivent savoir que les slogans, les
exigences et la pensée magique n’aboutiront à rien. Voici quelques principes
généraux que les manifestants d’OWS devraient saisir et promouvoir pour
favoriser la prospérité et éviter tout favoritisme politique :
Principe no 1 : Ne subventionner que les personnes dans le besoin, pas les
riches ou les sociétés
Certaines personnes ont besoin d’aide à l’occasion, et la définition exacte
du besoin fait l’objet d’une controverse, de même que la source éventuelle de
l’aide nécessaire. Il faut néanmoins souligner que les riches et les sociétés
n’ont pas besoin de subventions.
Il n’est pas difficile de comprendre la logique de ce principe. De toute
évidence, les riches n’ont pas besoin de transferts de revenus des
contribuables. Quant aux sociétés, il s’agit d’entités artificielles qui
apparaissent et disparaissent, donc il vaut mieux les laisser à leur propre
sort.
Des personnes en chair et en os travaillent dans des sociétés, mais c’est
justement le fond du problème : quand des êtres humains sont dans une mauvaise
passe, ce sont eux qu’il faut aider et non pas les sociétés qui vont et
viennent. Après tout, les tentatives de « sauvetage » de sociétés avec l’argent
des contribuables ne font qu’obliger le gouvernement à intervenir en choisissant
des gagnants et des perdants parmi des concurrents.
Les manifestants de Wall Street ont raison de s’opposer à la socialisation
des pertes de Wall Street, comme de celles des constructeurs d’automobiles de
Detroit et de toutes autres pertes privées épongées par les contribuables. Le
principe général est donc qu’il faut supprimer toute aide sociale aux
entreprises et examiner la pertinence de tous les programmes sociaux.
Principe no 2 : Adopter une politique fiscale neutre
Que ce soit au Canada ou aux États-Unis, la fiscalité des particuliers et
des sociétés est remplie d’échappatoires déguisées en « crédits d’impôt », en «
déductions » et en « exonérations ». Peu importe l’idée que l’on ait de ce que
devraient être les taux d’imposition généraux, l’élargissement de l’assiette
fiscale et la simplification du recouvrement pourraient générer des emplois
(sauf pour les comptables). Un régime uniforme et simple imposant un faible
fardeau fiscal est à privilégier.
Principe no 3 : Toujours favoriser les consommateurs par rapport aux
producteurs
Si nous voulons que les pauvres aient accès à des aliments moins chers, il
faut cesser de favoriser les agriculteurs ou des tiers par des subventions, des
barrières protectionnistes et des offices de « gestion de l’offre » (qui sont
essentiellement des cartels). Ces mesures ne font que protéger la part de marché
et les prix des producteurs aux dépens des consommateurs. Il vaut mieux
respecter le libre jeu de la concurrence.
Principe no 4 : S’opposer aux « fraudes pyramidales » parrainées par l’État
Ceux qui pensent que les gouvernements devraient encore emprunter des
milliards de dollars pour stimuler l’économie devraient songer au fait que cela
constitue une tentative de gagner des votes aux dépens des générations futures
qui devront en assumer les coûts. Ces coûts comprennent une augmentation de la
dette publique, que les jeunes manifestants de Wall Street devront rembourser
sous forme de hausse des taxes et des impôts, de faible croissance économique et
de pertes d’emplois.
Cette situation est analogue à une fraude pyramidale. Il s’agit en effet d’un
« emprunt » intergénérationnel obligeant les derniers participants à payer non
seulement pour les services gouvernementaux dont ils profitent, mais aussi pour
ceux dont les générations antérieures ont bénéficié. L’exemple de la Grèce
illustre bien ce à quoi cela mène.
Principe no 5 : Saisir les occasions, où qu’elles se présentent
En dénigrant les soi-disant postes de premier emploi, certains manifestants
de Wall Street insultent les personnes qui les occupent et qui travaillent fort
pour améliorer leur sort. Tout travail, peu importe le domaine, mérite le
respect. Pour la plupart des personnes en bonne santé, il vaut mieux travailler
que dépendre de l’aide sociale.
C’est pourquoi il est souhaitable, en général, de saisir les opportunités. Il
suffit de penser à Steve Jobs, de songer à la manière dont ses inventions et son
esprit d’entreprise ont permis d’améliorer le monde ainsi qu’au nombre de
personnes dont il a amélioré la vie grâce aux emplois et aux opportunités qu’il
a créés. Voilà un succès remarquable qui mérite de servir de modèle.